L’arnaque au faux conseiller bancaire n’a jamais autant rapporté aux escrocs. Selon le rapport 2025 de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP), rattaché à la Banque de France et présenté début septembre 2026, la fraude dite « par manipulation » a atteint 516 millions d’euros en 2025. Elle représente un peu plus de 40 % de l’ensemble de la fraude aux moyens de paiement, et sa part a doublé en quatre ans. Tout le monde est concerné : particuliers de tous âges, retraités, jeunes actifs, mais aussi entreprises. Voici comment cette escroquerie fonctionne, comment la reconnaître et quoi faire si vous en avez été victime.
Ce que révèle le rapport 2025 de la Banque de France
La fraude totale aux moyens de paiement a coûté 1,24 milliard d’euros en 2025, en hausse de 3,8 % sur un an. Le nombre d’opérations frauduleuses, lui, recule de 8 %, à 7,2 millions. Les escrocs font donc moins de victimes, mais leur soutirent des sommes plus importantes à chaque fois.
Les moyens de paiement classiques résistent bien. Le taux de fraude à la carte bancaire tombe à 47 euros pour 100 000 euros de paiements (soit 0,047 %), un niveau historiquement bas, et celui du chèque à 69 euros pour 100 000 euros. Le point noir, c’est la manipulation : le faux conseiller bancaire, la fraude au président dans les entreprises ou la substitution d’IBAN sur une facture. D’après les chiffres relayés par la presse économique à la sortie du rapport, l’arnaque au faux conseiller a progressé de 34 % en un an.
| Indicateur 2025 | Valeur | Évolution sur un an |
|---|---|---|
| Fraude totale aux moyens de paiement | 1,24 milliard d’euros | +3,8 % |
| Fraude par manipulation (dont faux conseiller) | 516 millions d’euros | environ +34 % (chiffre relayé par la presse) |
| Part de la manipulation dans la fraude totale | un peu plus de 40 % | part doublée en quatre ans |
| Nombre d’opérations frauduleuses | 7,2 millions | -8 % |
| Taux de fraude à la carte | 0,047 % (47 euros pour 100 000 euros) | plus bas historique |
Ces sommes échappent en grande partie au remboursement, car la victime a souvent validé elle-même l’opération, sous la pression de l’escroc. C’est toute la difficulté de cette fraude : elle ne casse pas la sécurité de la banque, elle contourne la vigilance du client.
Comment fonctionne l’arnaque au faux conseiller bancaire ?
Le scénario est bien rodé. Vous recevez un appel d’une personne qui se présente comme conseiller ou agent du service antifraude de votre banque. Sur l’écran de votre téléphone s’affiche le vrai numéro de votre agence ou du siège de la banque. C’est une usurpation de numéro, appelée spoofing, très facile à mettre en place pour les escrocs.
L’interlocuteur est calme, professionnel, et il vous connaît. Il cite votre nom, votre adresse, parfois votre numéro de compte ou vos dernières opérations. Ces informations proviennent des fuites de données massives survenues ces derniers mois, notamment en 2026. Le premier sous-gouverneur de la Banque de France, Denis Beau, l’a rappelé lors de la présentation du rapport : les fraudeurs utilisent ces données supplémentaires pour renforcer la crédibilité de leurs messages.
Vient ensuite l’urgence. Le faux conseiller annonce des opérations suspectes sur votre compte, un piratage en cours, une carte compromise. Pour « sécuriser » vos avoirs, il vous demande de valider des opérations sur votre application, de lui communiquer un code reçu par SMS, ou de virer votre argent vers un « compte de sécurité ». Parfois, un coursier vient même chercher votre carte bancaire à domicile. Une fois le code ou le virement obtenu, le compte est vidé en quelques minutes.
Fonds dormants, chèque énergie, faux sites d’aides : les variantes de la rentrée 2026
L’escroquerie se décline sous d’autres visages, et la rentrée 2026 en apporte plusieurs.
Depuis le 31 août 2026, la Caisse des dépôts alerte sur une vague d’appels et de courriels d’individus se présentant comme ses conseillers. Ils affirment que des fonds dormants, issus par exemple d’un vieux livret ou d’une assurance vie oubliée, vous attendent. Pour les débloquer, il faudrait régler des frais de dossier. C’est faux : la Caisse des dépôts ne démarche jamais les particuliers de cette manière et ne réclame aucun frais. La recherche de comptes inactifs se fait gratuitement, et uniquement, sur son service en ligne officiel Ciclade.
Le chèque énergie est une autre cible. Le 21 août 2026, l’administration a mis en garde contre la multiplication des courriels et des appels frauduleux. Des messages usurpant l’identité d’EDF ou de l’État annoncent un chèque « d’un montant exceptionnel » et renvoient vers un faux formulaire qui réclame identité, téléphone, puis coordonnées bancaires. Rappel utile : l’aide réelle va de 48 euros à 277 euros, elle n’est jamais versée directement sur votre compte bancaire, et l’assistance utilisateurs ne vous demandera jamais votre RIB par téléphone. Seuls les sites chequeenergie.gouv.fr et son guichet en ligne sont légitimes. Pour les dates et montants, consultez notre rubrique énergie et logement.
Même logique pour les faux sites d’aides publiques, qui promettent une prime de rentrée ou un remboursement d’impôt contre vos données bancaires. Une vraie aide se demande sur un site en .gouv.fr ou sur caf.fr, jamais via un lien reçu par SMS. Nos guides de la rubrique démarches rappellent les adresses officielles.
Les réflexes qui vous protègent
La bonne nouvelle, c’est que quelques habitudes simples suffisent à faire échouer la quasi-totalité de ces tentatives.
Un dernier signal doit vous alerter : la pression. Un vrai conseiller vous laisse le temps de réfléchir, de raccrocher et de le rappeler. Un escroc, lui, ne veut surtout pas que vous quittiez la ligne.
Que faire si vous avez été victime ?
Si vous avez communiqué un code ou validé un virement, chaque minute compte. Appelez immédiatement votre banque au numéro officiel pour faire opposition sur votre carte et signaler les opérations frauduleuses. Certains virements peuvent encore être bloqués ou rappelés s’ils sont signalés très vite.
Demandez ensuite le remboursement par écrit, en lettre recommandée avec accusé de réception. Le Code monétaire et financier (articles L133-18 et suivants) prévoit qu’une opération non autorisée doit être remboursée par la banque, en principe au plus tard à la fin du jour ouvrable suivant votre signalement. Vous disposez de treize mois après le débit pour la contester. Attention toutefois : la banque peut refuser si elle prouve une négligence grave de votre part, par exemple si vous avez vous-même communiqué vos codes. Les tribunaux apprécient au cas par cas, et la sophistication de la manipulation joue en faveur des victimes. En cas de refus, saisissez le médiateur bancaire de votre établissement, dont les coordonnées figurent sur votre convention de compte.
Déposez plainte dans un commissariat ou une gendarmerie, ou en ligne. Pour une fraude à la carte bancaire dont vous êtes toujours en possession, le téléservice Perceval, accessible depuis service-public.gouv.fr, permet un signalement en ligne. Conservez tous les éléments : heure des appels, numéro affiché, captures d’écran, courriels.
Changez enfin vos identifiants bancaires et surveillez vos comptes : les escrocs rappellent parfois leurs victimes en se faisant passer, cette fois, pour la police.
Les numéros et services utiles
Pour agir vite, gardez ces contacts sous la main.
- Opposition carte bancaire : le numéro de votre banque, indiqué au dos de votre carte et dans votre espace client.
- Fraude à la carte (carte toujours en votre possession) : téléservice Perceval sur service-public.gouv.fr.
- Assistance et orientation en ligne : 17Cyber sur cybermalveillance.gouv.fr, pour un diagnostic et la marche à suivre.
- SMS frauduleux : transférez le message au 33700, gratuitement.
- Courriel frauduleux : signalez-le sur signal-spam.fr.
- Comptes inactifs et fonds dormants : uniquement sur ciclade.fr, service gratuit de la Caisse des dépôts.
La police nationale propose aussi un numéro d’information gratuit, Info Escroqueries, joignable en semaine, dont les coordonnées figurent sur le site du ministère de l’Intérieur. Il permet d’obtenir un conseil avant de déposer plainte.
Prochaine étape : l’Observatoire publie chaque année, en janvier, une note statistique sur la fraude du premier semestre. Celle du premier semestre 2026 dira si la hausse de la fraude par manipulation se confirme. D’ici là, nous suivrons dans la rubrique argent les nouvelles alertes des banques et des administrations, et tout renforcement des règles de remboursement annoncé par les pouvoirs publics.