Les retraités participeront à l’effort budgétaire de 2027. En quatre jours, du 7 au 11 septembre 2026, trois membres du gouvernement l’ont confirmé : Roland Lescure, ministre de l’Économie, Sébastien Lecornu, Premier ministre, puis David Amiel, ministre des Comptes publics. Deux options sont étudiées, et une seule sera retenue : une sous-indexation (un gel partiel) des pensions supérieures à 3 000 euros brut par mois, ou la suppression de l’abattement fiscal de 10 % appliqué aux pensions. Les petites retraites, elles, doivent être préservées. La décision sera connue avec la présentation du projet de loi de finances 2027, prévue le 30 septembre 2026.

Ce que le gouvernement a dit, jour après jour

Le lundi 7 septembre 2026, sur RTL, Roland Lescure a été interrogé sur les deux pistes en discussion : désindexer les pensions les plus élevées ou supprimer l’abattement de 10 %. Sa réponse : « L’un ou l’autre, on regarde les deux ».

Le mercredi 9 septembre 2026, Sébastien Lecornu a précisé la ligne : les retraités seront mis à contribution, mais les petites retraites seront protégées. Un gel généralisé de toutes les pensions rapporterait environ 6 milliards d’euros. À l’inverse, un seuil fixé à 3 000 euros par mois ne toucherait que 8 % des retraités et ne rapporterait que quelques centaines de millions d’euros.

Le vendredi 11 septembre 2026, David Amiel a fermé la porte à un compromis. Indexer l’ensemble des retraites sur l’inflation coûterait « plus de 6 milliards d’euros l’an prochain », a-t-il expliqué. « Ce qui est certain, c’est qu’il faudra choisir entre les deux, il ne peut pas y avoir de demi-mesure. » Autrement dit : soit les pensions suivent intégralement l’inflation et l’abattement de 10 % disparaît, soit l’abattement est maintenu et les pensions les plus élevées sont sous-indexées. L’arbitrage revient au Premier ministre.

Option 1 : la sous-indexation des pensions au-dessus de 3 000 euros brut

Chaque 1er janvier, les pensions de base (régime général, MSA, fonction publique) sont revalorisées en fonction de l’inflation constatée. La Commission des comptes de la Sécurité sociale, dans son rapport de fin mai 2026, a estimé cette inflation de référence à 1,6 % pour la revalorisation du 1er janvier 2027. Ce chiffre provisoire sera actualisé en octobre 2026. Pour mémoire, les pensions de base ont augmenté de 5,3 % en janvier 2024, de 2,2 % en janvier 2025 et de 0,9 % en janvier 2026.

La piste étudiée depuis le 19 août 2026 consiste à ne pas appliquer cette revalorisation, ou à n’en appliquer qu’une partie, aux pensions supérieures à 3 000 euros brut par mois. Selon les premières estimations relayées à l’époque, une sous-indexation à la moitié de l’inflation rapporterait environ 700 millions d’euros pour les pensions au-dessus de 3 000 euros, et jusqu’à 1,5 milliard d’euros si le seuil était abaissé à 2 000 euros.

Pension brute mensuelle Revalorisation pleine (1,6 %) Sous-indexation à la moitié (0,8 %) Gel total
1 400 euros + 22,40 euros par mois non concernée (sous le seuil) non concernée
2 500 euros + 40,00 euros par mois non concernée si seuil à 3 000 euros non concernée si seuil à 3 000 euros
3 200 euros + 51,20 euros par mois + 25,60 euros par mois + 0 euro
4 000 euros + 64,00 euros par mois + 32,00 euros par mois + 0 euro

Ces montants sont calculés à partir de l’estimation de 1,6 % et n’ont qu’une valeur indicative. Le seuil, le taux de sous-indexation et le sort des pensions dépassant de peu ce seuil restent à préciser dans le texte du budget.

Option 2 : la fin de l’abattement fiscal de 10 %

Le second levier ne touche pas au montant de la pension versée, mais à l’impôt sur le revenu. Aujourd’hui, l’administration fiscale retire automatiquement 10 % du montant des pensions déclarées avant de calculer l’impôt. Cet abattement est plafonné à 4 439 euros par foyer fiscal pour les revenus 2025 déclarés en 2026. Créé à la fin des années 1970, il est considéré à Bercy comme une niche fiscale, car il profite surtout aux retraités situés dans les tranches d’imposition les plus élevées. Son coût pour les finances publiques est évalué entre 4,7 milliards d’euros, selon les estimations relayées en août 2026, et environ 6 milliards d’euros selon le ministère des Comptes publics.

Sa suppression aurait une conséquence directe : le revenu imposable des retraités augmenterait de 10 %, dans la limite du plafond. Les retraités non imposables ne seraient pas touchés, sauf si cette hausse les rendait imposables. Les autres paieraient davantage, selon leur tranche marginale d’imposition. Une piste intermédiaire, la transformation de l’abattement en un forfait identique pour tous, a également été évoquée dans la presse, sans montant officiel à ce stade.

Qui serait concerné dans chaque scénario ?

Les deux options ne visent pas les mêmes retraités. La sous-indexation, avec un seuil à 3 000 euros brut par mois, ne concernerait qu’environ 8 % des retraités, soit les pensions les plus élevées. Les 92 % restants, dont l’ensemble des petites retraites et des pensions moyennes, conserveraient une revalorisation complète au 1er janvier 2027.

La suppression de l’abattement de 10 % toucherait un public beaucoup plus large : tous les retraités qui paient l’impôt sur le revenu, y compris des couples aux pensions modestes dès lors qu’ils sont imposables. Son effet serait toutefois proportionnel au niveau d’imposition, donc plus lourd pour les foyers aisés. C’est l’option la plus rentable pour les finances publiques, mais elle ne correspond pas à la promesse de préserver les petites retraites, sauf à l’assortir d’un mécanisme correcteur.

Une chose est déjà acquise, quelle que soit l’option retenue : la retraite complémentaire Agirc-Arrco des anciens salariés du privé sera revalorisée au 1er novembre 2026, selon les règles fixées par les partenaires sociaux, indépendamment du budget de l’État.

Le calendrier du budget 2027

Le projet de loi de finances (PLF) 2027 et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2027 seront présentés en Conseil des ministres le 30 septembre 2026. C’est dans ces textes que figurera la mesure retenue : la revalorisation des pensions relève du PLFSS, l’abattement fiscal relève du PLF. Les débats à l’Assemblée nationale s’ouvriront dans la foulée, en octobre 2026, et le vote de l’ensemble du budget est attendu en novembre 2026, avant la navette avec le Sénat et une adoption définitive avant la fin de l’année.

Aucune mesure n’est définitive aujourd’hui. Les députés et les sénateurs peuvent modifier le seuil, le taux ou le principe même de la contribution demandée aux retraités. La première étape concrète est le Conseil des ministres du 30 septembre 2026 : nous détaillerons alors la mesure retenue, ses montants exacts et ses effets sur votre pension et votre impôt dans nos rubriques retraite et impôts.