L’encadrement des loyers devrait survivre à son échéance. Le mercredi 21 octobre 2026, le Sénat a voté, par 325 voix contre 17, la prolongation de deux ans de ce plafonnement, appliqué dans environ 70 communes, parmi lesquelles Paris, Lille, Lyon, Villeurbanne, Bordeaux, Montpellier, Grenoble, les communes du Pays basque et celles de Plaine Commune et d’Est Ensemble en Seine-Saint-Denis. L’expérimentation créée par la loi Elan du 23 novembre 2018 prend fin le 23 novembre 2026. Pour éviter une interruption, l’Assemblée nationale doit encore adopter le texte du Sénat sans modification avant le 24 novembre. Si rien n’est voté à temps, les nouveaux baux signés après l’échéance ne seront plus plafonnés. Les baux en cours, eux, ne bougent pas.

Pourquoi le dispositif s’arrête le 23 novembre 2026

L’article 140 de la loi Elan a autorisé, « à titre expérimental », les collectivités volontaires en zone tendue à plafonner le niveau des loyers. La durée initiale était de cinq ans. La loi 3DS du 21 février 2022 l’a portée à huit ans à compter de la publication de la loi Elan. C’est ce qui donne l’échéance du 23 novembre 2026.

Paris a été la première ville à appliquer le dispositif, en juillet 2019. Les autres territoires ont suivi, jusqu’à la métropole de Grenoble au début de l’année 2025. Partout, le préfet publie chaque année un arrêté avec trois valeurs par secteur : un loyer de référence, un loyer de référence minoré et un loyer de référence majoré. Sans prolongation par la loi, ces arrêtés n’auront plus de base légale pour les baux signés après l’échéance.

Territoire Entrée en vigueur
Paris Juillet 2019
Lille, Hellemmes et Lomme Mars 2020
Plaine Commune (9 communes) Juin 2021
Lyon et Villeurbanne Novembre 2021
Est Ensemble (9 communes) Décembre 2021
Montpellier Juillet 2022
Bordeaux Juillet 2022
Pays basque (24 communes) Novembre 2024
Grenoble-Alpes Métropole Début 2025

D’autres territoires ont demandé à entrer dans le dispositif pour 2026 : Marseille, Annemasse Agglo, Cergy et Grand-Orly Seine Bièvre. Leur sort dépend du texte qui sera finalement voté.

Ce que dit la règle aujourd’hui : loyer de référence majoré et complément de loyer

Dans une commune encadrée, le loyer hors charges d’un logement mis en location ne peut pas dépasser le loyer de référence majoré. Ce plafond correspond au loyer de référence du secteur augmenté de 20 %. Il varie selon le quartier, le nombre de pièces, l’époque de construction de l’immeuble et le type de location, meublée ou vide. Le bail doit mentionner ces montants de référence.

Le bailleur peut ajouter un complément de loyer, mais seulement à deux conditions cumulatives : le loyer de base est déjà fixé au niveau du loyer de référence majoré, et le logement présente des caractéristiques particulières de localisation ou de confort, par exemple une grande terrasse ou une vue exceptionnelle. Pour les baux signés depuis août 2022, ce complément est interdit si le logement présente des défauts, comme une étiquette énergie F ou G, des traces d’humidité ou des sanitaires sur le palier.

Le locataire qui estime le complément injustifié peut saisir la commission départementale de conciliation dans les trois mois qui suivent la signature du bail. Un bailleur qui ne respecte pas le plafond encourt une amende administrative pouvant aller jusqu’à 5 000 euros pour un particulier et 15 000 euros pour une société, en plus du remboursement du trop-perçu.

Le Sénat a voté la prolongation : ce que contient le texte

Le mercredi 21 octobre 2026, le Sénat a adopté la proposition de loi du député socialiste Iñaki Echaniz, déjà votée par l’Assemblée nationale en décembre 2025, par 325 voix contre 17. Seul le groupe Rassemblement national s’y est opposé, selon l’Agence France-Presse (AFP).

Le texte a toutefois été réduit. Les députés voulaient pérenniser et élargir le dispositif. Les sénateurs ont retenu une prolongation de deux ans « à périmètre constant », la solution défendue par le gouvernement. « Le gouvernement accepte la prolongation de deux ans de cette expérimentation pour les communes déjà bénéficiaires et uniquement pour celles-ci », a déclaré devant les sénateurs le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun.

Concrètement, si le texte est définitivement adopté :

  • l’encadrement continue de s’appliquer, pendant deux ans, dans les neuf territoires déjà couverts : Paris, Plaine Commune et Est Ensemble en Île-de-France, Lille, Lyon et Villeurbanne, Bordeaux, Montpellier, Grenoble et le Pays basque ;
  • aucune nouvelle commune ne peut entrer dans le dispositif pendant cette période ;
  • les règles actuelles restent les mêmes pour les locataires : loyer de référence majoré, complément de loyer encadré, recours devant la commission de conciliation.

Selon la Cour des comptes, 1,2 million de locataires sont concernés, sur les 7,7 millions logés dans le parc locatif privé. Dans un rapport publié le 14 octobre 2026, elle a critiqué des « fondements méthodologiques fragiles » dans le calcul des plafonds et recommandé de conditionner la prolongation à une meilleure fiabilité des données.

Ce qu’il reste à faire avant le 24 novembre

Le texte voté par le Sénat n’est pas identique à celui des députés. Il doit donc repasser à l’Assemblée nationale. Pour qu’il entre en vigueur à temps, les députés doivent l’adopter sans la moindre modification, avant le 24 novembre 2026. Selon l’AFP, de nombreux parlementaires évoquent un « compromis » sur la rédaction du Sénat, compte tenu de l’urgence, et l’auteur du texte a demandé un examen « dans les prochains jours ». Un vote définitif est évoqué autour de la mi-novembre, sans date officielle à ce stade.

Que se passerait-il sans prolongation ?

Le scénario d’une fin sèche au 23 novembre 2026 ne vide pas les contrats existants de leur contenu. Trois règles s’appliqueraient.

D’abord, les baux en cours restent inchangés. Le loyer inscrit au contrat continue de s’appliquer. Il ne peut évoluer que par la révision annuelle, si le bail la prévoit, dans la limite de l’indice de référence des loyers (IRL). Un bailleur ne pourrait pas profiter de la fin de l’expérimentation pour remonter un loyer déjà fixé.

Ensuite, les nouveaux baux signés après l’échéance ne seraient plus soumis au plafond du loyer de référence majoré dans les communes concernées. Seule resterait la règle générale des zones tendues, qui limite la hausse du loyer entre deux locataires mais ne fixe pas de niveau maximal.

Enfin, les trop-perçus déjà versés restent réclamables. Un locataire qui a payé, pendant des mois, un loyer supérieur au plafond peut demander le remboursement des sommes indûment perçues. Ce droit se prescrit par trois ans : chaque mois qui passe fait perdre le mois le plus ancien. Un tribunal parisien a ainsi condamné, en juillet 2026, un bailleur à restituer plus de 11 800 euros à des locataires qui payaient 1 400 euros au lieu de 1 092 euros, sur 39 mois.

Ce que locataires et bailleurs peuvent faire dès maintenant

Pour un locataire, le premier réflexe consiste à vérifier son bail. Le loyer de référence majoré doit y figurer. Comparez-le à votre loyer hors charges. Si le bail prévoit un complément de loyer, regardez s’il est justifié par une caractéristique réellement exceptionnelle et si vous êtes encore dans le délai de trois mois pour le contester. Si votre loyer de base dépasse le plafond, écrivez à votre bailleur pour demander la mise en conformité et le remboursement du trop-perçu, puis saisissez gratuitement la commission départementale de conciliation en cas de refus. Nos guides sur les droits des locataires sont regroupés dans la rubrique énergie et logement.

Pour un bailleur, l’échéance n’efface aucune obligation passée. Mettre le bail en conformité avant novembre 2026 limite l’exposition à une amende et à une action en remboursement. Si vous signez un nouveau bail avant le 23 novembre 2026, le plafond s’applique pleinement, prolongation ou non.

Prochaine étape : le vote de l’Assemblée nationale, qui doit adopter le texte du Sénat sans modification avant le 24 novembre 2026. Nous mettrons cet article à jour dès que la date d’examen sera fixée et que le vote définitif sera connu. Toutes les échéances de l’automne pour votre logement sont regroupées dans notre calendrier.